Elaboration sur « Le temps du lien » – Annie COTTET

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Elaboration sur « Le temps du lien »

Annie COTTET

Le « temps du lien » fait immédiatement penser à « la recherche du temps perdu » puis du « temps retrouvé », ce temps perdu et retrouvé qui est celui de la mémoire des liens familiaux, sentimentaux et amicaux de l’auteur.
J’y associe honteusement mais immédiatement, le refrain d’une chanson, nettement moins littéraire, de Françoise Hardy : « C’est le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure ». Le temps du lien par excellence, celui de l’amour « car le temps de l’amour, c’est long et c’est court, on s’en souvient ! »

Je fais l’hypothèse que « Le temps du lien », thème qui a été choisi par la SFCoach pour le prochain symposium 2021, se comprend par cette résonnance évidente avec l’amour qui maintenant s’associe librement au « Temps des cerises » :
« Quand nous en serons au temps des cerises, le gai rossignol, le merle moqueur seront tous en fête …. les amoureux auront du soleil au cœur, …. mais il est bien court, le temps des cerises.»

A suivre le temps de l’amour et des cerises nous trouvons une redondance, celle du temps court, la brièveté du lien : il ne dure pas.
Dans le registre de l’expérience sensible, de la vie amoureuse ou heureuse, au temps du lien de l’amour suivra le temps de la fin du lien.

Il faut se dépêcher de le vivre avant qu’il ne se rompe.
La nostalgie apparaît alors : « le temps de l’amour, c’est court et c’est long, on s’en souvient ! » dit la chanson, car avec la nostalgie, s’impose une dimension essentielle de notre vie psychique, la mémoire, la mémoire du lien.

Et Mouloudji reprend : « Moi qui ne crains pas les peines cruelles, je ne vivrai pas sans souffrir un jour, quand vous en serez au temps des cerises, vous aurez aussi des chagrins d’amour. »
« Le Temps des Cerises », chanson d’amour écrite en 1866 par le communard Jean Baptiste Clément, sera reprise en 1871 par la Commune de Paris et restera à tout jamais dans l’inconscient collectif français, la chanson des insurgés, des misérables parisiens de la Commune exécutés en masse au mur des fédérés par l’armée du versaillais Adolphe Thiers!

Nous passons ainsi du Temps des Cerises au temps des Insurgés, réunis dans le fonds culturel français en écho à l’amour et à la révolte.
Si nous nous déplaçons maintenant de l’expérience sensible à l’inconscient collectif puis à l’expérience conceptuelle :

« Le Temps du Lien », au sens où nous vivons dans un temps qui est celui du lien, devient un temps historique dont le lien constitue l’essence.
Notre société est enfin arrivée au Temps du Lien, comme un bateau, après un long et périlleux voyage, arrive au port. Les marins sont sauvés, tout au moins ceux qui ont survécu. Ulysse a navigué dix ans au retour de la guerre de Troie, sur une mer Egée trompeuse, ventée ou déchaînée, pour enfin aborder aux rives d’Itaque, sain et sauf.

Au XXIème siècle, après le temps de la Commune et sa semaine sanglante, le temps des guerres mondiales, la « boucherie » des tranchées et l’épouvante des camps d’extermination, notre civilisation est devenue celle du lien, celle où nous avons appris à préserver le lien comme le bien le plus précieux donné à vivre aux êtres humains.

Ce lien entre les humains qui a toujours existé même si personne ne s’en souciait pas plus que de l’air que l’on respire, ce lien indispensable à la vie, offert sans que personne ne s’en aperçoive, n’était pas encore devenu un concept, c’est-à-dire un phénomène social identifié dans la pensée.

Il n’était pas encore devenu une pratique relationnelle faisant aujourd’hui du lien un objet social privilégié, précieux, sacralisé.

Du lien sacralisé à l’idéologie du lien, le saut conceptuel ne mérite pas d’être réalisé, car si le lien devient un idéal social, on oublie alors que le temps du non-lien, dans sa différence, lui est indispensable pour exister.
Au temps des amours adolescentes de Françoise Hardy, on s’en souvient, indique que le lien vécu de l’amour est rompu !

Au temps des cerises, l’amour deviendra, c’est prévu, un chagrin d’amour, une perte inconsolable, inoubliable.
Que serait un temps où le lien serait permanent, totalitaire, où nous serions reliés tout le temps et avec tous, nous ne le verrions pas plus que l’air que nous respirons ! Nous en serions ignorants et même inconscients !

Le lien pour exister en tant que tel est pris, enserré entre deux non-liens, deux séparations, deux ruptures, deux absences qui feront du lien une réalité vivante, instable, variable, donc souhaitée, désirée et …. jamais oubliée.

La séparation n’est pas l’absence de lien mais la condition de l’existence du lien.
Plus il y a de la séparation, plus le lien existe, ou mieux, aura existé.
Soyons alors attentifs à ne pas négliger dans nos réflexions et dans notre pratique professionnelle, l’étroit rapport entre le temps du lien et le temps de la séparation, ces deux temps contrastés,
eux-mêmes reliés définitivement dans notre mémoire.

Annie Cottet
Septembre 2020
Notes Savoir Interne du 30 juin 2020
Savoir Interne – préparation du symposium pour l’année des 25 ans de la SFCoach.

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