Approche psychanalytique de la supervision en coaching

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La supervision psychanalytique
du Coach


Vous savez que la Société française de coaching exige qu'un coach ait un lien de supervision pour être titularisé, et l'on a bien raison. Elle n'exige cependant pas que les coachs utilisent une technique particulière. Elle laisse ainsi à chacun le choix des armes, donnant ainsi au monde du coaching sa souvent sympathique, mais quelque fois aussi son exaspérante allure d'armée mexicaine.

A vrai dire, la technique de la supervision ne s'applique pas seulement au coaching. Elle est fréquente, on le sait, dans les " métiers de la relation " (psychologues, travailleurs sociaux, psychiatres, etc.). Elle est exigée par toutes les écoles de psychanalyse dans la formation des analystes, parallèlement à la formation théorique et la cure personnelle.

C'est la technique de la supervision psychanalytique que je vais aborder ici, technique qui m'apparaît toute à fait applicable pour l'accompagnement individuel des coachs, et dans une certaine mesure, pour l'accompagnement des consultants. Ceci, bien entendu, pour peu que l'on ne soit pas trop allergique à la chose freudienne …

Qu'est-ce que la supervision psychanalytique ?
Il s'agit d'un accompagnement individuel d'un praticien, en l'occurrence ici d'un coach, lui permettant d'interroger sa pratique et d'avoir un regard critique sur celle-ci. La supervision permet ainsi à l'aide d'un tiers, de déplacer les éclairages et de proposer au coach une autre problématique. Elle l'invite donc à sortir de ce que l'on pourrait appeler son " autisme ". Il s'agit, en tout état de cause, d'une démarche de processus plus que de contenu ; quoique quelques ficelles peuvent être bien entendu données parfois, à dose homéopathique, cela va de soi.

Quelles sont les fonctions de cette supervision ?
La première fonction est " anxiolytique ". Elle permet de donner de l'assurance au coach débutant, de calmer son anxiété, voire son angoisse, dans la relation instaurée avec son coach.


La seconde fonction est d'aider le coach à analyser la démarche du coaché et à évaluer la crédibilité de son objectif. Dans l'analyse de la demande, on tentera de repérer s'il s'agit bien d'une démarche de coaching ou d'une démarche masquée de psychothérapie. Par ailleurs, et contrairement à ce que l'on pourrait penser, le coach ne doit pas être complice de son coaché dans l'atteinte de son objectif affiché. En effet, cet objectif ne doit pas être seulement pris dans la dimension de la réalité, mais également comme la manifestation de son imaginaire, de son désir, désir pas toujours réaliste, il faut bien en convenir. Car il ne faut jamais oublier que l'objectif a toujours un pied dans le fantasme. Ainsi, aider un coaché à atteindre son but, c'est quelque fois aussi l'aider à ce qu'il se précipite dans la bonne humeur contre le mur, si cet objectif n'est pas réaliste.


La troisième fonction est d'inciter certains coachs à oublier ce qu'ils appellent eux-mêmes parfois leur " boîte à outils ", c'est-à-dire ce bric-à-brac de techniques qui empêche ces coachs, que nous qualifierons ici de " phobiques ", d'entendre quoi que ce soit de ce que leur disent leurs coachés. Certains coachs sont en effet obnubilés par des " outils " qui les protègent d'une authentique rencontre avec leurs coachés. Bref, il s'agit ici d'inviter le coach à utiliser avec art et doigté deux outils qu'il a reçu à sa naissance, deux outils incomparables, deux outils irremplaçables, j'ai nommé : ses oreilles ! Hélas, la faculté d'entendre quelque chose de l'autre ne s'apprend pas, ni dans les écoles de psychologie, ni dans les écoles de coaching, car tout le monde n'a pas eu la chance, ou la malchance, d'être tombé dans la potion magique qui donne la conscience de l'altérité et de l'empathie … Passons …


La quatrième fonction est de permettre au coach un repérage de la structure psychique du coaché, surtout si le praticien n'a pas de formation en la matière. Ce repérage est important. En effet, en coaching, il n'existe pas de " one best way " taylorien pour atteindre l'objectif. Ainsi, chaque coaché a sa manière singulière, personnelle, de travailler ; et l'on ne va pas conduire un coaching de la même manière, on ne vas pas opérer de la même manière, suivant que l'on a à faire à un sujet de structure hystérique, de structure obsessionnelle, ou de structure limite. Je précise ici, que nous ne sommes pas, et ceci malgré les termes employés, dans le domaine de la psychopathologie ou de la psychiatrie, mais dans le champ des " types de personnalité ", comme on dirait dans une terminologie non psychanalytique. Par ailleurs, ce repérage de structure est indispensable pour poser éventuellement une contre-indication au coaching, lorsque l'on est en face d'un sujet de structure perverse ou psychotique. Sujet de structure perverse, pour éviter que le coach devienne l'objet de jouissance de son coaché. Sujet de structure psychotique, pour éviter un épisode psychiatrique majeur pour un coaché, dont l'équilibre psychique précaire pourrait être déstabilisé par le coaching.


La cinquième fonction consiste à faire travailler le coach sur le cadre formel mis en place avec le coaché : séances, honoraires, conditions de payement, etc. On sait que, en coaching comme en psychanalyse, le cadre est un levier d'intervention important dans le processus, à un degré moindre il est vrai. Que signifie une séance annulée ? Que signifie un retard ? Enfin les aspects contractuels avec le commanditaire doivent aussi être évoqués, pour éviter un chantage, un piège, ou tout autre écueil préjudiciable pour le coach comme pour son coaché.


La sixième fonction est d'aider le coach à repérer les phénomènes de transfert chez le coaché à son égard? Par transfert, on entend les phénomènes de répétition affectifs et émotionnels déjà vécus par le sujet dans un autre cadre, dans le cadre familial par exemple. C'est dans la parole que se manifeste le transfert et la supervision doit permettre au coach de travailler sur ce mode oratoire. Que faire avec un coaché enlisé dans un discours opératoire, enlisé dans ce que l'on pourrait appeler un " délire de réalité " ? Que faire lorsque le coaché nous bassine les oreilles, en nous décrivant pour la énième fois de façon détaillée, et il faut bien le dire aussi de façon un peu ennuyeuse, les arcanes de son " usine à gaz " avec ses organigrammes (phénomène fréquent, soit dit en passant chez les sujets de structure obsessionnelle ou limite) ? Que faire avec un coaché enlisé dans un discours de séduction à l'égard du praticien avec sa demande d'amour quasi " pathologique " (phénomène caractéristique chez les sujets de structure hystérique) ? Que faire avec un coaché bavard, qui ne veut rien entendre, rendu sourd par sa propre logorrhée ? Que faire avec un coaché mutique, qui ne décoince pas, et qui se contente de répondre à vos questions sans le moindre commentaire, sans la moindre élaboration ? Que faire avec un coaché enlisé dans la jouissance masochiste de sa plainte, jouissance qui, précisément, lui interdit de se mettre au travail pour atteindre le but qu'il s'est fixé ? Comment lever, avec tact et doigté bien entendu, les résistances du coaché au processus même de coaching ? Que faire avec un coaché qui, sous couvert de coaching, entreprend une psychothérapie " by the way " ? Que de questions, que de questions … On soulignera ici, qu'à l'inverse de ce qui se pratique dans une analyse, le transfert, s'il doit bien être repéré, ne doit jamais être analysé …


Enfin, la septième et dernière fonction consiste à faire travailler le coach sur son contre-transfert, c'est-à-dire sur ses sentiments, ses émotions, son vécu, par rapport à son coaché. Il est ainsi indispensable d'éviter que le praticien projette ses préjugés, ses lubies, ses marottes, ses convictions morales, politiques, ou religieuses, sur son coaché. Et puis que signifie ce désir d'aider, car il faut toujours se méfier de ce que l'on pense être bien pour l'autre. Par ailleurs, est-ce que le coaché le séduit, l'énerve, l'ennuie, l'agresse ? Que faire de ces émotions ? Sans le savoir, le coaché peut mettre le doigt sur une corde sensible de la vie du coach, de sa vie professionnelle, personnelle, sentimentale, ou familiale. Si le contre-transfert est à la fois inévitable et nécessaire, il ne doit pas submerger le praticien, au point de lui faire faire n'importe quoi, au préjudice de son coaché.


Je terminerai enfin mon propos sur la question du cadre. La supervision psychanalytique peut se pratiquer, soit à la séance (le coach met au travail une difficulté ponctuelle rencontrée avec un coaché), soit comme processus de suivi d'une opération de coaching, du début jusqu'à la fin (une série de dix séances par exemple). Cette seconde formule me semble la mieux adaptée pour un coach débutant dans sa pratique.


En souhaitant donc bonne chance, courage et succès, à ces coachs débutants, je citerai cette phrase de S. Freud, qui concerne aussi bien le coach que son coaché : " L'homme énergique et qui réussit, c'est celui qui parvient à transformer en réalité les fantasmes du désir ".

Je vous remercie de votre attention.

Roland BRUNNER
- Psychanalyste,
- Vice-président de l'Institut Psychanalyse et management,
- Membre fondateur de la Société française de coaching.


 

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